ô mais ce n'est rien !

Quand l’enfant tombe et qu’il se fait mal, le réflexe de langage que j’ai déjà pu entendre est « ô mais ce n’est rien », « c’est pas grave », « aller, arrête de pleurer, ça va passer ».

 

Voici les hypothèses que j’émets à propos du « pourquoi » les éducateurs disent cela :

* Se rassurer eux-mêmes que le petit bobo ne va pas s’empirer.

* Faire vite en sorte que l’enfant arrête de pleurer pour ne pas qu’il pleure encore plus (car cela peut être déstabilisant d’entendre son enfant pleurer).

* Lui inculquer des valeurs telle que lui apprendre qu’il faut supporter les blessures, d’autant plus lorsqu’elles ne sont que de petits bobos, car il connaîtra pire dans sa vie.

 

Mais voici le problème :

 

En disant cela, on ne permet pas à son enfant de décharger. Or, la décharge est un processus naturel vital.

Qu’est-ce que la décharge ?

 

C’est l’émotionnel qui se libère, on décharge ce que l’on perçoit pour ne pas conserver en soi ce qui peut nous faire souffrir, peur, ou même ce qui nous rend heureux !

La décharge passe par les cris, les pleurs, les tremblements, la transpiration, l’éternuement, les cauchemars (uniquement pour les enfants), les émotions, les bâillements, les vomissements, l’urine, le sommeil paradoxal.

 

Si ce processus naturel est enrayé par ce genre de langage et d’attitude, il y a des conséquences :

 

* Il est très important de le libérer car l’émotionnel retenu agit comme du poison en nous. Il forme des toxines qui elles-mêmes créent des maladies, à plus ou moins long terme.

"Les processus de décharge témoignent qu'une douleur est en train d'être ressentie et combattue. Beaucoup de médicaments, engourdissant la douleur, répriment ainsi la décharge émotionnelle et ne font qu'entraver les mécanismes de guérison naturelle du corps. Ils vont exactement à l'encontre de leur destination première." A.Solter (Mon bébé comprend tout)

 

* Nos émotions nous guident dans notre vie, elles nous indiquent nos sens, nos envies, nos besoins et guident nos actes et nos choix. Si on ne les écoute pas, cela nous amène à avoir de la difficulté à nous guider dans la vie, à savoir où l’on va, ce que l’on veut, et à une perte d’envie généralisée.

 

* L’enfant n’enregistre pas ses expériences douloureuses à la juste mesure de l’intensité à laquelle elles sont vécues, et cela endort l’apprentissage de « l’enregistrement ». Comme il aura enregistré que rien de ce qu’il vit n’est grave ou douloureux, il sera confronté à revivre ces expériences douloureuses ou d’autres similaires. La douleur est endormie. Ou bien il cherchera plus tard à l’endormir par la drogue, l’alcool, les écrans…

 

Voici un aperçu des paroles et attitudes qui bloquent cet accueil:

 

* Nier, conseiller (quand l’autre ne demande rien), couper, questionner, psychanalyser, minimiser, analyser, corriger, ramener à soi, défendre l’autre partie, être en sympathie.

 

* Pour un bébé et un petit enfant, il existe de nombreuses attitudes qui bloquent cette décharge : bercer, donner la tétine ou un doudou ou quand l’enfant prend son pouce de lui-même dès qu’il a une émotion désagréable, le divertir par tout moyen, le promener, chanter, crier, le taper, lui donner à manger (sein ou biberon, biscuit pour les plus grands) dès qu’il se met à pleurer, le laisser pleurer seul dans une pièce jusqu’à ce qu’il ne pleure plus …

 

L’accueil, c’est une présence empathique.

 

A l’inverse, quand on accueille les émotions d’un enfant et de quiconque, que celles-ci soient dues à une douleur physique ou psychique, on considère la personne et on l’autorise à vivre ce qu’elle vit.

 

Voici un petit déroulé pour y arriver :

 

- On peut se demander, à froid, de quelle manière on aime être accueilli.e quand on se confie. Qu’est-ce qui vous fait le plus de bien ? Peut-être n’avez-vous jamais reçu cet accueil, alors vous pouvez aussi essayer de l’imaginer.

 

En situation :

 

- Sortir de son smartphone/TV et/ou de ses pensées

- Se mettre à l’écoute de ce que l’autre dit (enfant ou adulte)

- Observer si cela nous fait réagir (envie de répondre par les manières ci-dessus), puis calmer notre flot de pensées et être à nouveau présent pour l’autre.

- Etre silencieux OU répéter juste les mots que la personne vient de dire, l’essence, ceux qui nous paraissent les plus important du point de vue de l’autre.

- Etre attentif et voir l’émotion de la (petite ou grande) personne changer de tonalité rapidement et trouver des solutions à son problème.

 

Que faire quand c’est trop difficile ?

 

- Prenez soin de vous ! A chaque fois que vous sentez une émotion émerger chez vous qui prend toute la place quand vous écoutez votre bambin, laissez la émerger, allez décharger dans une pièce seul.e, vivez-la, écrivez-la, parlez-en à votre conjoint.e ou un.e ami.e, sortez-la de vous !

 

Je crois sincèrement que l’on ne peut pas commencer à vivre un autre type de relation avec nos enfants si on n’apprend pas à faire autrement avec nous-mêmes également. Sinon, le risque est de tomber dans le piège du parent qui veut être parfait et n’écoute absolument pas ce qu’il ressent, ni ses besoins ni ses limites. Et puis d’entrer dans le piège du cercle vicieux de se mettre trop la pression de « bien faire » et que de la violence finisse par émerger et retombe sur tout le monde, y compris les enfants.