Mon accouchement

Naissance de Soham à la maison de naissance de Castres, Doumaïa.

 

Ce récit n'est pas seulement celui de mon accouchement, c'est un encouragement pour les femmes à se reconnecter à leur inné de femme, à se faire confiance pour se ré-empuissancer et se détacher de la toute puissance médicale (masculine). C'est une volonté de défendre les maisons de naissance, encore à l'état d'expérimentation en France et le choix de chacune d'accoucher comme elle le souhaite, que ce soit à la maison ou dans des structures 'douces'. C'est dire que l'accouchement physiologique, ce n'est pas seulement accoucher par voie basse, c'est aussi ne pas avoir recours aux forceps, ventouse, péridurale, césarienne (quand cela n'est pas possible, merci la médecine, je ne dis pas le contraire) et aux injonctions et peurs médicales en tous genres.

Je viens d'une lignée maternelle qui n'a presque jamais rencontré de problèmes lors des enfantements (au moins jusqu'à mon arrière grand mère), cela m'a sûrement aidé. Pour autant, j'ai quand-même dû traverser des appréhensions, des doutes, questionnements (le 1er bambin avait fait le chemin pour le travail sur mes peurs les plus effrayantes).

Nous étions dimanche 26 janvier au soir. Le terme était prévu au 2 février.

Je monte me coucher, me disant comme chaque soir « et bien ce n’était pas pour aujourd’hui ».

Vers 23h, je te sens vers mon col, comme régulièrement ces 2 derniers mois. En revanche, là, tes mouvements à ce niveau sont plutôt forts, au points que je l’exprimais à voix haute tellement c’était désagréable, un peu comme un mauvais gynéco qui ferait un mauvais frottis… Et cela a duré 2h environ. Impossible de dormir.

Et puis cela a cessé, et 5 minutes plus tard, une contraction est arrivée, différente de toutes celles ressenties pendant la grossesse. Cette contraction m’a amené une douleur diffuse, une sensation de douleur de règles dans tout le bas du dos. Là, j’ai compris…Un petit tour aux toilettes, j’en profite pour prévenir ton papa, qui veille à l’étage du bas, que si ça recommence régulièrement, j’appelle la sage-femme.

Toutes les 5 minutes elles arrivaient…

Le temps de me mettre en condition : me lever ; contacter la sage-femme, mon amie d’enfance que j’ai invité à assister à l’accouchement, la photographe, les amis qui doivent garder ton frère ; voir avec Ro les affaires à prendre, la nourriture à emmener.

Je descends, je tremble de froid, ou d’autre chose.

Quelques sms, tant que je le peux encore, pour prévenir que ton frère n’ira pas à l’école le lendemain, retenter d’appeler la photographe et nos amis, quelques personnes très proches pour leur dire « ça y est, c’est aujourd’hui ! »

Nous réveillons le grand, il est 2h30 du matin. Il fait 2°C dehors, ça ne fait pas très envie de sortir la nuit par une température pareille ! et un fort brouillard ne nous quittera pas du trajet, ce qui aura contribué à monter l’adrénaline chez ton père.. Je vois la différence avec l’accouchement à la maison pour mon premier.

 

Nous arrivons à Lautrec pour le déposer, il dormira avec les 2 enfants du couple, nous ne serons plus jamais 3 après cette nuit. Au départ, je voulais qu’il reste avec nous pour l’accouchement, puis j’ai réalisé que j’avais besoin d’un espace où je pourrais complètement me lâcher sans être sollicitée. Et puis lui nous a exprimé qu’il préférait être chez les amis. D’autres amis étaient censés être auprès de lui le jour J, mais un enterrement les attendait à l’autre bout de la France.

20 minutes plus tard, nous arrivons à Castres, il est presque 4h du matin. Ma sage-femme est là, celle qui reprenait son astreinte pile ce jour-là et avec qui je me suis de suite sentie en confiance pour lâcher mon émotionnel tout au long de ma grossesse. Je me suis mise à pleurer, puis à trembler fort à nouveau.

 

Une élève sage-femme est là aussi, elle va assister à son 1er accouchement en maison de naissance, je la sens bien, c’est ok pour moi qu’elle reste. Elle sera celle qui me fournira régulièrement en granules homéopathiques J

S. m’examine mais ne me dit pas de combien mon col est dilaté.

Puis je vais dans la baignoire. Voilà une des raisons qui a fait que je voulais être en maison de naissance : l’accès facile à une baignoire, sans m’embêter avec une piscine à installer chez nous.

Mon amie d’enfance arrive, elle vient de Toulouse, elle aussi a subi le brouillard. La photographe arrive en suivant.

Et voilà, il y a du monde dans la chambre ! mais parfois, les sages-femmes partent, la photographe aussi, mon amie aussi. Mon homme restera à mes côtés tout du long.

Les sensations des contractions s’intensifient « en voilà une de plus », « et c’est reparti » ; parfois j’appréhende la suivante, je m’en rends compte, je l’exprime, et je reviens dans l’instant présent. Je mange un peu, je bois de l’eau tiède, je pète dans l’eau et j’en rigole. Je suis du style à faire un peu d’humour entre 2 contractions et je me raconte que je suis peut-être encore trop dans le mental pour que bébé arrive bientôt.

« Il faudrait remettre de l’eau chaude » me dit S. Je décide de sortir de la baignoire et de m’installer sur le lit, le temps de remettre de l’eau…sauf qu’après, je ne veux pas y retourner. S. me masse le bas du dos avec l’huile essentielle que j’avais prévue, puis mon amie prend le relais. Mon homme, quant à lui, reste auprès de moi, vers mon visage, mes mains. Je remange un coup, je rebois aussi.

 

Les contractions s’intensifient encore et sont parfois très rapprochées (moins de 5 minutes), je te sens descendre. J’ai l’impression que c’est pour tout bientôt et en même temps, je n’en ai aucune idée. S. me re-examine, je lui demande à combien je suis, elle me dit « tu veux vraiment savoir ? », je dis « en fait non, je ne sais même pas à quoi pourrait me servir cette info ». Je te parle, je te demande qu'on y aille ensemble.

Peu de temps après, je décide de m’installer au pied du lit à genoux sur un coussin protégé molletonné tout en m’appuyant sur le lit. Je veux me servir de la gravité et être proactive dans mon accouchement. J’en ai la force, je me lève. Je te sens encore descendre, là, il n’y a pas de doute, tu es tout prêt, néanmoins, j’ai de plus en plus mal et j’ai peur que l’expulsion dure 1h, comme pour ton frère, alors je demande à ma sage-femme posée sur ma gauche « dis moi, il va bientôt arriver là ? ça ne va pas durer 1h ? » elle me rassure. Je m’accroche aux mains de Romain, puis S. dit doucement à mon amie de passer devant, je m’accroche donc à ses mains à elle, pour que lui accueille bébé. Je comprends que là, il est vraiment sur le point d’arriver, ça ne va pas durer 1h, ouf !

 

Cette position aura duré environ 20 min et tu arrives sur 3 contractions, en 6 minutes (dixit ma SF). D’abord, j’ai senti ta tête, pas entièrement sortie « il est là ton bébé », à la contraction suivante, toute ta tête est sortie. Et là, je ne pouvais attendre plus longtemps, la contraction suivante est arrivée assez rapidement, et je poussais, poussais, tout en criant, et c’est tout ton corps qui a glissé, recueilli comme une savonnette par ton papa.

Et moi qui n’en revenais pas et qui disais « ça y est, c’est fini, il est là !!!» avec l’arrêt instantané des douleurs.

Je ne te prends pas dans mes bras dans la minute, j'ai d'abord besoin de retrouver mes esprits. Ces dernières contractions m'avaient emporté dans un état second, mi nauséeux, mi tremblant, et puis euphorique.

 

Et puis ensuite, ce n'est pas fini, il fallait s'occuper du 2e accouchement. Le placenta s’étant décollé, il n’y a pas eu besoin d’une contraction pour le faire sortir, juste un peu de patience, moins de 30minutes pour coller aux directives de la MDN, en tirant sur le cordon et en poussant. C’est vrai que c’est assez désagréable de le garder en soi, même si à l’étonnement général, pour mon premier, le placenta était resté 1h45. Aller, un petit bout de placenta mangé, un moins bon goût que le souvenir que j’en avais pour mon premier.

Plus tard, à la maison, j’ai fait de l’isothérapie placentaire.

 

J'ai eu très envie de prendre une douche, enlever la sueur et le sang, même si celui-ci n'était pas abondant, dixit ma sage femme. 

Un peu de repos en suivant après cette nuit marathonienne, des ronflements pour mon homme, des brins de somnolence pour moi, trop d'euphorie pour arriver à dormir !

D'autant plus qu'entre temps, une femme était arrivée dans la chambre d'à côté... j'entendais des "Ahhhh" graves pour accueillir bébé un peu plus à chaque contraction. Une montée d'émotions m'envahit, je comprenais tellement ce qu'elle vivait, cet état était encore tout frais en moi. Malheureusement, au son du brancard, je compris qu'elle fut transférée à la maternité.

 

13h arrivant, l'équipe des sages femmes, qui étaient là pour une réunion, nous proposa de les rejoindre à table. Petit Soham dormait paisiblement dans le petit lit ancien en bois de notre sage femme remasteurisé avec des roulettes. Je me fis servir des tartines de fromage à raclette par mon amoureux, et un bon tiramisu apporté exceptionnellement par une stagiaire sage femme. Trop le kiff!

Le temps de quelques formalités administratives, remplir le joli pétale pour compléter la fleur des naissances du mois de janvier et continuer de décorer les murs de la MDN, préparer les affaires, nous sommes partis vers 16h pour aller chercher le grand frère chez nos amis et rentrer dans notre nid.

Je n'aurais pas pensé possible un départ aussi rapide étant donné le souvenir de mon état de faiblesse après mon premier accouchement...mais en fait si! Et puis il n'y avait que 20m à faire et poser mes fesses dans la voiture...

 

 

Je remercie Tifany, la photographe présente à mon accouchement, pour son enthousiasme à mon idée de photographier cet événement, sa disponibilité, notamment la nuit le dernier mois :) et sa discrétion le jour J (à partir d'un certain moment, je n'ai pas du tout capté qu'elle prenait des photos !!)

Une rencontre comme je les aime, dans la fluidité : nous avons toutes les 2 accouché à Doumaïa, dans la même chambre, et avec la même sage-femme.

Je vous invite à découvrir son travail sur sa page facebook : Le Miroir Enchanté - Tifany photographie.