BONJOUR, STP, MERCI

Pour bon nombre de parents, ces formules de politesse sont une des bases d’éducation essentielles qu’ils souhaitent transmettre, et ce dès 2 ou 3 ans.

 

Je peux rejoindre ce qui importe pour eux ici car j’ai le même souci : que mes enfants soient adaptés à la société, qu’ils soient dans le système social tel qu’il est construit. Disons que j’ai le même besoin !

 

Est-ce que je veux que mon enfant fasse comme je lui dis car je donne de l’importance à l’obéissance et à mes règles ?

 

Le risque est qu’une fois le dos tourné, il ne se préoccupe absolument pas de respecter ce qui compte pour son parent, puisque celui-ci n’est plus là pour lui rappeler. Et qu’il agisse avec une motivation extérieure à lui : celle de tout faire pour éviter les remontrances ou les punitions.

 

Je devais avoir 8 ou 9 ans quand je rentrais à vélo chez moi, mon beau-père vivait alors chez sa mère qui était notre voisine. En passant, ils étaient là tous les 2 et j’ai dit de vive voix « salut ! » à cette dame. J’ai ensuite eu droit à une engueulade car j’avais dit « salut » et pas « bonjour ! ». Cela n’avait aucun sens pour moi car le cœur et la spontanéité y étaient et c’est cela qui comptait à mes yeux. Finalement, ce que j’en ai retiré, c’est qu’il valait mieux que je dise « bonjour » quand mon beau-père était dans les parages, histoire d’être tranquille. Cela m’a également mis du doute : est-ce que dire « salut » est impoli ? Me suis-je mal comportée ? Voilà ma spontanéité reléguée au placard.

 

A la limite, voilà ce que j’aurais aimé entendre :

 

« Bastienne, je suis mécontent quand je t’entends dire « salut » à ma mère qui commence à être âgée car je veux m’assurer qu’elle le prend bien comme de la politesse et non comme un affront et donc au contraire comme de l’impolitesse ; je vais aller m’assurer de comment elle l’a pris, veux-tu venir avec moi car j’aimerais que tu entendes aussi ce qu’elle a à dire? »

 

Mais bon, il ne connaissait pas la CNV…

 

Alors, est-ce que je souhaite que mon enfant apprenne grâce à un élan intérieur et à son propre rythme ?

 

Le côté embêtant de ceci est qu’en respectant son rythme, on est confrontés à devoir assumer l’impolitesse de notre bambin aux yeux des autres et passer pour quelqu’un qui ne « tient pas son enfant » et que l’on n’a aucune garantie sur le moment que ces mots sortiront de sa bouche spontanément un jour.

 

Cependant, quand j’entendais mon fils d’1 an et demi me dire merci quand on lui donnait un objet, alors, je n’ai pas été inquiète pour la suite, je savais que le mimétisme fonctionnait et fonctionnerait encore plus tard.

 

Finalement, la question que l’on peut se poser est de savoir à quoi l’on accorde le plus de crédit :

-le regard des autres sur notre enfant et donc leur regard sur nous et l’éducation qu’on lui donne ?

-le rythme naturel d’apprentissage de son enfant ?

 

Pour ma part, j’ai choisi de ménager la chèvre et le chou, étant quelqu’un de consensuelle, voici ce qui me parle :

 

- Montrer l’exemple : dire moi-même merci si l’on m’offre quelque chose ou si quelqu’un offre un objet à mon enfant ; dire bonjour, au revoir, etc. Et faire confiance que si je montre l’exemple, mon enfant fera comme moi.

 

- Si mon enfant s’est exprimé discrètement, je fais remarquer à l’adulte qu’il a répondu à sa manière, par un regard, un petit sourire, un petit signe de la main…

 

- Je propose à mon enfant de dire bonjour, dire merci, s’il ne dit rien spontanément car je souhaite faire remarquer à la personne en face que je l’ai remarqué et que je la considère.

 

- S’il ne veut pas, je n’insiste pas. Pour autant, je n’en profite pas pour lui coller une étiquette au passage du style « il est timide, c’est pour ça », j’aime (parfois) faire remarquer à l’adulte qui est en attente ou qui lui donne cette étiquette que c’est impressionnant pour tout le monde de rencontrer une ou plusieurs personnes pour la première fois.

 

Sans aller plus loin avec les personnes, voici la suite de ma pensée : les règles de politesse sont passées avant celles d’écouter profondément ce que l’on ressent, et nous avons parfois oublié combien il peut être intimidant et que l’on peut être mal à l’aise de se retrouver face à un inconnu et de ne pas savoir quoi lui dire ni comment entrer en contact.

 

Alfie Kohn, un conférencier et auteur américain, connu pour ses travaux de recherche sur la parentalité et les schémas traditionnels d’éducation exprime : « à force d’insister sur les formules de politesse toutes faites sans y mettre du sens, on en viendrait presque à croire que les relations humaines ne consistent qu’à faire semblant et que les normes culturelles sont plus importantes que les relations humaines. »

 

 

Je vais continuer avec une autre règle très prisée des parents : LE MOT MAGIQUE !

 

« STP »… bien-entendu.

 

C’est important pour le parent que l’enfant dise ce mot avant d’être servi pour une quelconque requête, souvent à table.

 

Pour moi, il s’agit d’un chantage au mot, je te donne ceci à condition que tu me dises STP.

 

Et cela revient au même que plus haut : l’enfant apprend qu’il faut dire STP car c’est important pour le parent mais il ne sait pas pourquoi, et cela ne vient pas d’un élan intérieur. C’est une règle et point.

 

Récemment, lors d’une fête familiale, une dame dans la soixantaine s’apprête à servir mon fils de presque 4 ans qui me réclamait de la nourriture et l’interpelle en lui disant : « le mot magique !»

Le pauvre, il n’a jamais entendu ce terme, il ne risquait pas de le lui dire, le mot magique !!

 

Voilà ce que je lui ai répondu, avec un peu moins de détails :

« Lui servir à manger ne dépendra jamais d’un « stp » pour moi, ce qui m’importe, c’est le ton sur lequel il le dit et qu’il sache que s’il est exigeant (=s’il s’attend à ce que je le serve parce qu’il est exigeant envers moi), j’aurais certainement moins d’élan à le servir. »

 

C’est important pour moi qu’il apprenne à distinguer les demandes des exigences, et qu’il s’approprie que les exigences envers les personnes donnent en général un résultat inverse que celui souhaité.

 

Dans tous les cas, je sais en mon for intérieur que s’il me demande ou m’exige quelque chose, je sais que je reste libre de dire non, surtout s’il n’y a pas d’urgence ; car ce n’est pas un ton qui me donne envie de le servir là tout de suite, ou parce que je suis en train de faire autre chose et que ce n’est pas le moment dans l’immédiat car je suis concentrée sur une autre tâche.

 

Car le problème du Stp obligatoire est que l’enfant pourra être dans l’exigence quand-même (même avec son petit air charmeur) pour arriver à son résultat.

 

La question à me poser est donc plutôt celle-ci :

 

Qu’est-ce que je ressens et de quoi ai-je envie quand mon enfant me demande quelque chose ?

Par exemple, est-ce que j’estime qu’il est bon de manger un bonbon maintenant ? d’être servi une troisième fois ? etc.

 

Je préfère mettre mon énergie à me poser ces questions de fond.

Et également considérer les « stp, bonjour, merci » comme des mots « coton » qui font du bien aux gens qui aiment les entendre, comme le souligne Alfie Kohn

Les dire peut renforcer le lien et la chaleur humaine, et là, ils prennent, à mes yeux au moins, tout leur sens.